Cette
randonnée sur la ligne de crête nous plonge dans un univers où l’histoire se
mêle à la légende. Sur les hauteurs de Saint-Dié-des-Vosges, le sentier
traverse un territoire singulier, à la fois sauvage, chargé de mémoire et
nourri de récits populaires.
En ce dernier jour de mai, le ciel promet des orages pour l’après-midi. Heureusement, la vague de chaleur qui pesait encore sur le pays s’est enfin retirée, laissant place à une atmosphère plus respirable et bien plus favorable à la marche.
Le départ s’effectue à la cascade des Molières,
en direction d’un lieu au nom aussi prometteur qu’intrigant : le Paradis.
Ce hameau jouxte deux autres lieux-dits, le Purgatoire et l’Enfer, un voisinage insolite qui donne d’emblée au parcours une saveur particulière.
Depuis le Paradis, le sentier s’élève en direction de la Roche des Fées.
Là, le regard s’ouvre largement sur Saint-Dié et, au loin, sur les lignes du massif du Kemberg, comme une première récompense offerte aux marcheurs.
L’itinéraire se poursuit ensuite vers la Roche des Cailloux, puis vers l’antenne du Sapin Sec, visible de loin dans le paysage.
Après l’abri vient enfin la Roche du Sapin Sec, jalon supplémentaire d’un parcours qui alterne découvertes naturelles et traces du passé.
Toutes ces roches jalonnent un véritable sentier de mémoire dédié à la guerre de 1914-1918. Ici subsistent encore de nombreux vestiges de cette guerre de montagne : observatoires,
abris en pierre sèche
et positions discrètement dissimulées dans la forêt rappellent la rudesse des combats menés sur ces hauteurs.
La pause de midi est prévue à la Roche du Chariot. Peu à peu, le vent se lève et l’orage commence à tourner autour de nous, sans encore oser nous atteindre. L’atmosphère devient plus lourde, presque suspendue. Les filles ont embarqués et veulent faire un tour de chariot .
Autrefois considéré comme un lieu sacré, le massif de l’Ormont demeure enveloppé de mystère. La légende raconte qu’un petit lac occupait jadis son sommet. Nul n’en connaissait la profondeur, mais l’on distinguait parfois, à la surface, le timon d’un chariot englouti. Au fond de l’eau reposait, disait-on, un trésor d’or, qui aurait donné son nom à l’Ormont. Pour le faire remonter, il fallait atteler deux grands bœufs blancs et accomplir tout le trajet sans prononcer le moindre juron. Mais, semble-t-il, les paysans d’alors avaient le juron facile. Le lac a disparu, l’or avec lui, et seule demeure la mémoire de cette histoire dans le nom de la Roche du Chariot.





























































